LE SMARTPHONE : Nouvel atelier et miroir de l’artiste contemporain.
Pour l’artiste ou l’acteur culturel d’aujourd’hui, le smartphone est bien plus qu’un outil de communication : c’est un compagnon de création, une scène portable, une galerie virtuelle et parfois un piège algorithmique. Cet objet, à la fois banal et révolutionnaire, a redéfinir les frontières de l’art, transformant les processus créatifs autant que les rapports au public.
D’un côté, il libère. Plus besoin d’un studio coûteux ou d’un réseau institutionnel pour produire et diffuser : avec des applications comme Procreate, GarageBand ou Premiere Rush, le téléphone devient un carnet de croquis, un home studio ou une salle de montage. Les réseaux sociaux, de Instagram à TikTok, servent de vitrines permanentes, où l’artiste expose son travail, teste des idées et monétise son art sans intermédiaire. Le smartphone capture aussi le réel – un son fugitif, une lumière, un visage – et le transforme en matière première pour des œuvres hybrides, entre performance et documentaire. Des collectifs artistiques l’utilisent même comme outil militant, filmant des lives engagés ou créant des filtres AR politisés.
Mais cette dépendance au numérique a son revers. L’écran vampirise l’attention, fragmente le temps de création et pousse à formater le travail pour plaire aux algorithmes. Les likes deviennent une drogue, l’autopromotion une obligation épuisante. Certains artistes dénoncent cette uniformisation des styles, où les œuvres doivent coller aux tendances éphémères des plateformes. Le smartphone, censé émanciper, peut aussi enfermer dans une course au clic, diluant la singularité au profit du viral.
Pourtant, malgré ces tensions, l’appareil inspire de nouveaux langages. Des artistes like Hito Steyerl ou des collectifs du New Aesthetic l’intègrent dans leurs installations, jouant avec ses glitches, ses notifications ou sa caméra pour interroger notre rapport aux écrans. D’autres en font un objet de performance, scannant des QR codes lors de spectacles ou projetant des selfies en direct. Le téléphone devient alors une extension du corps créatif, à la fois outil et sujet, révélateur des contradictions de l’ère numérique : entre hyperconnexion et isolement, abondance et saturation.
Au final, le smartphone est le symbole d’une génération d’artistes tiraillée entre deux aspirations : l’autonomie promise par le numérique et la quête d’authenticité dans un monde saturé d’images. Reste à savoir si cet outil restera un simple instrument – ou s’il continuera à redéfinir, pour le meilleur ou pour le pire, ce que signifie “créer” aujourd’hui.


